Fonderie Horne : 20 ans de promesses brisées
La Fonderie Horne a annoncé la semaine dernière son « nouveau » projet visant à réduire ses émissions de métaux dans l’air. Les dirigeants ont présenté celui-ci comme étant « une bonne nouvelle » et une avancée technologique importante. L’entreprise appartenant à Glencore annonçait du même coup un autre retard pour réduire ses émissions. Un retard qui s'additionne à plusieurs autres depuis le début des années 2000. Au début des années 2000, plusieurs citoyens de Rouyn-Noranda s’inquiètent de la forte présence d’arsenic dans l’air. Entre 1991 et 2002, la concentration moyenne était de 602 nanogrammes d'arsenic par mètre cube d'air (ng/m3). Le 11 janvier 2005, la Fonderie Horne annonce la réalisation d’une étude visant à trouver les meilleures technologies disponibles pour réduire ses émissions. En avril de la même année, la Fonderie Horne annonce que les travaux pour diminuer les émissions d’arsenic sont commencés. Une étude visant à cibler les endroits d’où proviennent les émissions problématiques pour Le 27 avril 2005, l’entreprise mentionne avoir fait l’achat d’un dépoussiéreur pour réduire les émissions à la cheminée principale et travailler en collaboration avec le gouvernement du Québec afin d’implanter une nouvelle technologie. En mars 2006, la Fonderie Horne annonce qu’il n’y aura pas de travaux avant 2007. La Fonderie Horne traite les matériels électroniques pour en produire du cuivre. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / Jean-François Perron En 2004, le ministère de l’Environnement avait donné 18 mois à la Fonderie pour réduire de 10 fois ses émissions. Les travaux n’ont finalement jamais été réalisés par la Fonderie Horne. L’enjeu de la qualité de l’air à Rouyn-Noranda a retenu de nouveau l’attention partout au pays dès le mois de mai 2019 alors qu’une étude de la santé publique régionale révèle que les enfants du quartier Notre-Dame, à proximité de la Fonderie Horne, sont surexposés à l’arsenic. Le 18 septembre 2019, l’entreprise a annoncé avoir entrepris certains projets comme la construction de dômes ainsi que le pavage d’une partie des quelque 17 kilomètres de routes pour éviter que la poussière des concentrés de cuivre, qui contiennent de l'arsenic, ne soit soulevée. La Fonderie Horne parlait alors d’une réduction de 4 à 5 % des émissions d’arsenic. Des dômes ont effectivement été ajoutés, dont un en 2024, mais encore en 2025, du concentré est entreposé à l’extérieur. C’était le cas lors de notre dernière visite des lieux en mai dernier. La Fonderie Horne a ajouté un dôme pour entreposer le concentré et compte réaliser des ajustements en 2025 pour diminuer le transport du concentré sur le site. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / Jean-Marc Belzile Du concentré était entreposé à l’air libre à au moins deux endroits en mai, notamment à la gauche de ce dôme. Le ministère de l’Environnement a fait le même constat entre 2018 et 2021. Le 16 décembre 2019, la Fonderie Horne annonce 180 M$ pour réduire l'exposition des citoyens du quartier Notre-Dame à l'arsenic. Elle mettra également en place une On entend alors parler pour la première fois d’un investissement de 170 M$ dans le projet PHÉNIX/VELOX, une nouvelle technologie qui devait permettre de diminuer les émissions d'arsenic. L'usine de la Fonderie Horne à Rouyn-Noranda. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / Jessica Gélinas La Fonderie annonçait qu’elle pourrait ensuite aller de l'avant avec la construction de l’usine complète au coût de 150 M$ à la fin de 2025. Cette technologie dans laquelle la capture des gaz est plus difficile ne changera finalement pas. La Fonderie Horne en a fait l’annonce mardi dernier. Il s’agit d’un projet dans lequel l’entreprise a pourtant investi plusieurs millions de dollars et sur lequel des employés travaillaient depuis plus de cinq ans. Le 23 juin 2022, l’entreprise avait mentionné que les données de VELOX sont encourageantes. La Fonderie Horne estime à ce moment pouvoir commencer la construction de l’usine (Phenix) au début de 2023. Le projet VELOX vise notamment à réduire la génération d’émissions fugitive lors de la production du cuivre. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / Mathieu Ouellette Au mois d’août de la même année, l’entreprise, propriété de Glencore, a annoncé qu’elle sera en mesure d’atteindre la cible d'émissions d'arsenic de 15 ng/m3 d'arsenic dans l’air en 5 ans, soit à l’été 2027. On annonce alors Phénix (révision du procédé de transformation du cuivre), R3 (système d’épuration d’air), ECCO (une nouvelle roue de coulée écoénergétique) et l’aménagement d’une zone de transition, c’est la combinaison de ces trois projets qui sera nommé plus tard Aeris. Le 16 mars 2023, la Fonderie Horne s'engage officiellement à réaliser ces projets en signant une autorisation ministérielle avec le gouvernement du Québec. L’objectif était d’atteindre 15 ng/m3 d'arsenic dans l'air annuellement entre mars 2027 et mars 2028. Dans l’autorisation ministérielle, la Fonderie Horne s’engageait à réaliser Aeris pour décembre 2026. On peut y lire que L’entreprise a annoncé la semaine dernière annuler complètement Aeris et dit vouloir terminer son nouveau projet, visant à encapsuler les opérations, à la fin de 2028. C’est donc deux ans de retard. Un projet qui n’est pas complètement nouveau. Il s’agit d’un des trois projets prévus dans Aeris. Vincent Plante est directeur général de la Fonderie Horne et de l'affinerie CCR de Montréal. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir La porte-parole du Comité d’arrêt des rejets et émissions toxiques à Rouyn-Noranda déplore ces nombreux retards de l’entreprise Nicole Desgagné, membre du comité Arrêt des rejets et émissions toxiques (ARET). (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / Alexia Martel-Desjardins L’entreprise n’est pas en mesure de chiffrer l’investissement que cela représente ni d’offrir un échéancier précis. Glencore n’a pas non plus encore approuvé la dépense. Ce n’est pas rassurant de voir ça, autant pour la qualité de l’air que pour la pérennité de l’entreprise. L’autorisation ministérielle prévoit que la Fonderie Horne doit présenter un plan pour l’atteindre de la norme provinciale de 3 ng/m3 d'arsenic dans l'air d’ici janvier 2027. La Fonderie Horne n’a pour le moment aucun plan de prévu pour atteindre cette cible.les traiter à la source
sera réalisée.On a investi 1,4 M$ en 2005 afin de connaître d’où proviennent nos émissions. On connaît maintenant mieux la situation
, précisait le directeur de l’usine Marcel Faucher, qui annonçait que les travaux débuteraient en 2007-2008.
Nous avons déjà demandé au ministère de reporter ce délai. C’est la survie de l’usine qui est en jeu, je ne crois pas que Falconbridge investisse 150 M$ d’un seul coup pour régler le problème. On préférerait fermer l’usine
, ajoute Marcel Faucher.Le même débat en 2019
À l’époque, le concentré qu’on recevait était entreposé à l’extérieur. Donc, c’était vraiment important pour nous de couvrir ça pour s’assurer qu’il n’y aurait pas d’effet du vent et d’emportement éolien de ce matériel-là
, mentionnait à ce moment Pierre-Philippe Dupont, directeur du développement durable.
Un projet de modernisation en 2019
zone de transition
entre la Fonderie et les maisons.
On met hors fonction certains vieux vaisseaux métallurgiques pour lesquels la capture des gaz était plus difficile et on a des vaisseaux de fonte modernes pour lesquels le niveau d'étanchéité est très élevé
, expliquait le directeur du développement durable à la Fonderie Horne, Pierre-Philippe Dupont.
Ça va être des bons gains, avec la modélisation, on a un pourcentage de 10 à 40 % de réduction, par contre, c’est vraiment avec la mise en œuvre qu’on va voir les gains
, expliquait le 23 juin 2022, Marie-Élise Viger, qui était responsable de l’environnement pour Glencore.ces mesures doivent être réalisées dans le respect des échéanciers présentés
.Un autre retard

C’est de bien sceller nos bâtiments et y ajouter des équipements d’épuration à très grande capacité. C’était déjà une des bases du projet Aeris, c’est pas exactement le même, il y a un ajustement, mais c’est un peu le même principe
, explique le directeur général de la Fonderie Vincent Plante.C’est la même histoire qui revient régulièrement. C’est une façon, je pense, pour l’entreprise de toujours pouvoir négocier avec le gouvernement des allègements, du financement
, explique Nicole Desgagné.
Je ne peux pas confirmer que le projet est approuvé dans son entièreté
, précisait Vincent Plante mardi dernier. Ce dernier croit que le projet représente un investissement moindre qu’Aeris, mais tout de même substantiel.On est encore dans une braquette d’investissement très significative, donc on parle encore de quelques centaines de milliers de dollars
, mentionne Vincent Plante.Ils s’enlignent sur quelque chose qui avait déjà été suggéré au début des années 2000. On est toujours en train de retarder. Ce qui est triste là-dedans, c’est qu’il n’y a pas de vraies rénovations de l’entreprise. Si on veut que l’entreprise demeure, moi, je suis convaincu qu’elle peut demeurer, mais il faut qu’elle soit modernisée, mais c’est comme si ce pas-là, Glencore n’est pas capable de le faire
, ajoute Nicole Desgagné.
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